Malgré leur handicap, deux Pranginois ont vécu le rêve américain

Respectivement paraplégique et hémiplégique, Matteo Balbo et Olivier Bollmann ont représenté la Suisse aux Championnats du monde d’handivoile, à la mi-septembre sur le lac Michigan. Retour sur une expérience hors du commun.
La belle aventure de Matteo Balbo et Olivier Bollmann, 33 et 50 ans, a commencé par une mauvaise nouvelle. Avant même de partir pour Sheboygan, dans le Wisconsin, lieu des Championnats du monde d’handivoile, ils apprenaient que leur discipline ne serait pas représentée aux Jeux paralympiques de 2024 à Paris, comme cela serait déjà le cas quatre ans plus tôt à Tokyo. Un véritable crève-cœur pour ces passionnés de navigation.
Si d’autres nations ont alors décidé de retirer leurs bateaux, ce ne fut pas le cas des Suisses, bien décidés à vivre à fond leur rêve américain. «On a été invité à ces Championnats du monde pour promouvoir ce sport et les nouveaux bateaux en vue des Jeux, donc ce fut un peu un coup dans l’eau, relève Michel Darbre, président de Swiss Disabled Sailing, club basé à Prangins. Malgré tout, on s’est dit que ça serait une bonne idée d’être présents sur place, de se faire connaître et de partager avec les équipages.»

La progression en maître mot
Au vu des retours des deux navigateurs, difficile de donner tort à leur président. «C’était une expérience incroyable et comme c’était un nouveau bateau, il y avait une bonne ambiance, pas trop dans la compétition. On a eu beaucoup de bons contacts, explique Olivier Bollmann, hémiplégique suite à un AVC survenu il y a une dizaine d’années. Et surtout, on a pu se frotter aux meilleurs et progresser.»
La progression, justement, restera comme le maître mot du voyage. «Malgré la fatigue et les difficultés rencontrées sur les parcours, il y a eu une vraie évolution du début à la fin de la compétition, analyse Carlos Santo, leur coach. Si on avait navigué en régates comme lors du premier jour d’entraînement, on aurait été sorti direct.» Il faut dire que les deux acolytes ont découvert leur bateau quinze jours avant de s’envoler vers le lac Michigan et que Matteo Balbo était un novice à ce niveau de compétition.

On n’avait jamais été confrontés au vent, aux vagues. On a appris à dompter le bateau sur place.
MATTEO BALBO NAVIGATEUR
«Je n’avais jamais fait de voile avant mon accident de moto en 2011, relève l’Italien, arrivé à Genève en 2009. J’ai essayé l’handivoile à Prangins et depuis je n’ai jamais lâché. Plus je naviguais, plus je trouvais ça intéressant avec la possibilité de faire des petites régates.»
Même point de vue pour son collègue de Mont-sur-Rolle, Olivier Bollmann: «Ce qui me plaît, c’est qu’il y a un esprit de compétition mais aussi une forme d’indépendance. On est maître de son bateau. Au final, on peut naviguer contre d’autres personnes, mêmes valides.»

Et même briller en compétition internationale, comme ce fut le cas à Sheboygan. Un scénario impensable pour ces deux hommes qui ont découvert des conditions incroyables sur place. «On n’avait jamais été confrontés au vent, aux vagues, relate Matteo Balbo. On a véritablement appris à dompter le bateau sur le tas.»

La clé dans la communication
Le duo formé expressément pour la compétition a également dû faire face à de nouveaux parcours, «moins longs que d’habitude mais avec plus de manœuvres à faire, de bouées à passer», explique Olivier Bollmann. La compétition n’a ainsi laissé aucun répit aux concurrents, avec six courses par jour dans un format éliminatoire. «La méthode se veut plus fun et intéressante à suivre pour les spectateurs», ajoute Michel Darbre.

Your content goes here. Edit or remove this On espère qu’on va trouver des fonds pour pouvoir construire sur ce qu’on a développé.
OLIVIER BOLLMANN NAVIGATEUR
Pour faire face à toutes ces nouveautés, les deux compères ont dû composer avec les moyens du bord. «On doit beaucoup parler, peut-être même que je parle un peu trop, rigole Matteo Balbo. Il faut être sur la même longueur d’onde, synchronisés.» Pour atteindre cette osmose, chaque équipage fait ses propres ajustements. «En général, celui qui a l’handicap le plus lourd garde la barre et l’autre s’occupe des voiles, explique-t-il encore. Monter le spi, c’est très physique.»

Après deux jours de qualifications, les deux membres de Prangins se sont retrouvés en demi-finale. «C’était inespéré au vu de notre expérience par rapport aux autres équipages. Malheureusement, à cause du mauvais temps, il n’y a eu qu’une manche sur les six et on ne s’est pas qualifiés pour la finale», regrette Michel Darbre. Mais pas de quoi entamer leur bonne humeur.
«On est super-contents de ce résultat, relèvent-ils de concert. Maintenant, on espère qu’on va trouver des fonds pour pouvoir construire sur ce qu’on a développé, le réseau qu’on a créé sur place et pourquoi pas faire un Championnat en Europe.» Un circuit parallèle pour que l’handivoile reprenne sa progression et, qui sait, retrouve un jour les Jeux paralympiques.

Accessibilité